SOURCES

SOURCES

Les sources

Notre association a pour but d’étudier des sources historiques, documents écrits ou autres supports d’information concernant le combat historique à travers l’Europe, nous parlons alors d’Arts Martiaux Historiques Européens (AMHE).
Les AMHE sont en développement croissant depuis le début de notre nouveau siècle. La démarche consiste à retrouver des traités de combat armé ou non et, de par leur étude, retrouver un geste martial perdu. De nombreuses associations ont vu le jour depuis ces dernières vingtaines d’années, étudiant une tradition martiale particulière liée à une époque ou à une zone géographique.


De notre côté, nous nous penchons plus spécifiquement sur la toute fin du XIXe siècle et la première moitié du XXe siècle pour étudier plus particulièrement les arts de combat liés au milieu urbain. Nos sources sont pour la plupart du temps des écrits de maitres d’armes ou d’instructeurs sportifs reliés aux sports de combat de cette époque (boxe, savate, canne), ou à des traités de défense personnelle spécifiquement écrit pour la défense en milieu urbain.
Nous parlerons alors de sources « primaires ». Les sources dites « secondaires », comme un article de journal ou des chroniques policières concernant des agressions, nous permettent de comprendre le fonctionnement d’un combat de l’époque, où les règles sont largement différentes de celles que l’on enseignait dans la salle de pratique. La grande difficulté cette démarche est de rester fidèle au texte tel qu’il a pu être écrit ou compris à son époque et de ne pas extrapoler en tentant de le relier à une connaissance autre ou de le copier à une pratique actuelle. D’un traité à l’autre, la même technique apparente peut être différente de par son appellation ou sa mise en pratique.

BARTITSU

Cette méthode de combat a été créée en 1898 par Edouard William Barton-Wright, qui suite à un séjour prolongé au Japon revient en Angleterre et développe selon ses mots  « un nouvel art de défense personnelle ».
Cet art est basé sur les enseignements de ju-jitsu et de judo que Barton-Wright avait reçu au Japon auxquels il ajoute ceux de la boxe anglaise, la savate française et le système de canne défensive crée par son ami Pierre Vigny.

Barton-Wrigth décrit sa méthode comme suit :
« Dans le bartitsu on inclut la boxe, ou l’usage du poing comme un moyen pour frapper, l’usage des pieds dans le sens offensif et défensif, l’usage de la canne de promenade comme un moyen de défense personnelle. Judo et ju-jitsu, qui étaient des styles secrets de lutte japonaise, on les appellerait action rapprochée, car appliqués à la défense personnelle. Afin d’assurer, autant que possible, l’immunité contre les blessures dans des attaques par surprise ou des bagarres, ils doivent inclure la boxe pour apprécier entièrement le danger et la rapidité d’un coup bien direct, et les parties spécifiques du corps qui ont été attaquées scientifiquement. La même méthode, naturellement, vaut pour l’usage du pied ou de la canne. Judo et jujitsu n’étaient pas conçus comme des moyens primaires d’attaque et de défense contre un boxeur ou un homme qui vous donne des coups de pied, mais doivent être utilisés seulement après être venus à courte distance, or pour arriver à distance rapprochée il est absolument nécessaire d’utiliser la boxe et l’usage du pied. »

La méthode, quoique novatrice, périclitera assez rapidement malgré la création du Bartitsu Club à Londres (1899-1903).
Le bartitsu aurait peu tombé dans l’anonymat le plus complet si un auteur contemporain de Barton-Wright n’avait prêté cette pratique à son personnage le plus célèbre, un certain Sherlock Holmes (l’orthographe ayant varié en baritsu).
Il faudra attendre les années 2000 pour que des clubs réapparaissent d’abord en Angleterre puis un peu partout à travers le monde.

 

SUFFRAJITSU

 Le suffrajitsu est un néologisme issu du terme « suffragette » et de « ju-jitsu ». Le terme « suffragettes » désigne, au Royaume Uni, une militante du « Women’s Social and Political Union », créé en 1903 pour revendiquer le droit de vote aux femmes.
Contrairement aux mouvements féministes déjà présents sur le territoire britannique le WSPU se démarquait par ses actions provocatrices et souvent violentes.

Ainsi fondé en 1903 par Emmeline Pankhurst et ses trois filles, le mouvement des suffragettes fût soutenu rapidement par d’autres figures comme Edith Margaret Garrud et la mystérieuse Miss Sanderson.
Edith Margaret Garrud fut l’une des premières instructrices de ju-jitsu en Europe et mis son savoir au service de Madame Pankhurst afin de former une milice privée « Les Amazones ». Miss Sanderson, de son coté, plus connue sous le nom de Marguerite Vigny n’était autre que l’épouse de Pierre Vigny, instructeur de canne et ami de Barton-Wright, fondateur du Bartitsu.

Le suffrajitsu reste dans les mémoires comme une pratique efficace permettant aux femmes de lutter contre les hommes et notamment contre les forces de l’ordre lors des manifestations et des interpellations qui en suivaient. Une autre instructrice des suffragettes était Emily Diana Watts qui, en 1906, écrivit et publia une méthode d’apprentissage de cet art martial encore balbutiant en Europe. Ce manuel restera le premier livre de défense au Ju-jitsu écrit par une femme.

CANNE

La canne est, au XIXe et au début du XXe siècle, parfaitement intégrée dans les mœurs des citadins. On sort avec pour une question non pas de confort médical mais de prestige social et d’élégance.
C’est en 1843 que le premier ouvrage sur l’art de tirer à la canne est édité. On la pratique en salle, selon des assauts codifiés et en respect de son partenaire.
C’est Louis Armand Victorin Leboucher, éléve de Larribeau, qui publie le premier un manuel de pratique de la canne en 25 leçons. Il avait, précédemment, mis en place une technique de défense du voyageur en 3 leçons, qui permettait à n’importe qui de pouvoir se défendre contre une agression avec un simple bâton.

Contrairement aux autres écrits, il prône une manière défensive et efficace. Leboucher est connu et redouté pour ses manières brutales et dures, ses contemporains ont quelques remarques tout aussi élogieuses que critiques sur sa pratique en marge du standard des salles de sport.
« S’il avait été un peu moins brutal, il aurait fait fortune !  » J. Charlemont
« Leboucher a l’exécution facile dans l’art de la savate, mais l’exercice de la Canne est son exercice favori, celui qu’il aime, qu’il vénère, celui enfin où il excelle …  » Michel, dit Pisseux
« … Le père Leboucher, lui, avec une voix de vieux grognard, une mine rébarbative, est un tireur de Canne des plus terribles, et il faut entendre le poteau vibrer sous son coup de poing ! »Anonyme

Il invitait ses élèves à s’encanailler les soirs afin de connaitre, comprendre et pratiquer une canne de rue. Sa méthode en 25 leçons est effectivement assez simpliste et prône une escrime efficace, parade et contre-attaque sont codifiées en fonction de l’attaque de l’adversaire et il propose 3 contre-attaques à chaque fois (tête, flanc, jambes) à adapter en fonction du moment.

BOXE

Michel Casseux dit Pisseux ouvre sa salle en 1825, il est le premier à enseigner nouvel art de la savate ou l’escrime des pieds qui se différenciera de la boxe anglaise où seuls les poings sont utilisés.

Casseux a compilé un certain nombre de techniques issues de la rue ou des combats paysans. Il est, quelles que soient ses influences et ses inventions personnelles le véritable inventeur du système moderne appelé « Savate ».

C’est Charles Lecour qui crée en 1830-1840, le sport de combat connu sous le nom de « boxe française » en réunissant la technique des pieds de la savate avec quatre techniques de poings emprunté à la boxe anglaise (direct, crochet, uppercut, swing).

C’est alors, qu’en 1862, arrive Joseph Charlemont , élève de Lecour (et de Vigneron), qui met en place une nouvelle technique de combat pied-poings apprise de ces deux maîtres.
Il gagnera son combat contre son maitre Louis Vigneron en 1867 puis s’exile pour des raisons politiques en Belgique où il continuera à enseigner la boxe.
Durant son exil, il publie en 1878 son premier ouvrage « Théorie et pratique de la boxe française », où l’on voit apparaitre des notions de codification et de règlements des échanges. Il transforme peu à peu, avec son fils Charles, l’ancien art de ses pairs en pratique sportive telle que nous connaissons la boxe française aujourd’hui.

Il nous faudra, ici, séparer la méthode Charlemont, purement sportive, et la pratique efficiente de la boxe de rue. Les deux pratiques ont bien sûr les mêmes bases, mais la notion d’engagement est radicalement différente quand on combat en costume, poings nus et pour autre chose qu’une médaille ou un titre.

LUTTE

 La lutte est une forme de combat avec prise au corps, clé de bras ou de jambes et projections. Au XIXe siécle, on parle de lutte française, codifiée et faite pour des assauts en salle. François le Bordelais et Leon Ville sont les deux références françaises pour cette lutte sportive.

Au XXe siècle arrive une autre forme de lutte venue d’Extrême Orient et développée par Ernest Régnier dit Ré-Nié, le ju-jitsu qui prendra ses lettres de noblesses par la suite (et que nous travaillons aussi via une autre discipline, le suffrajitsu).

Pour des raisons historiques et sentimentales, nous sommes particulièrement attachés à une source italienne du XVe siècle traitant d’une lutte civile basée sur des mises en soumissions articulaires et des projections.Nous la pratiquons au sein de notre club car plus adaptée selon nous aux besoins d’éfficacité de la rue.
Fiore dei Liberi est un maitre d’armes né au XIVe siècle et qui est le premier maitre de la tradition italienne. Il est l’auteur d’un manuel d’apprentissage complet sur l’art de se battre à mains nues, à la dague à l’épée, en armure et à cheval.
Fiore montre une lutte efficace et cruelle, prouvant que lui, le Maitre, peut se défaire de toute prise au corps en jetant son adversaire au sol ou en lui brisant un membre. Succession de techniques et de contres, elle est à la base et au coeur de ses écrits car les techniques de lutte à mains nues vont pouvoir d’un point de vue dynamique et technique être réutilisée lors d’un combat armé lorsque la distance le permet.

On connait aujourd’hui quatre versions des écrits de Fiore, nous avons choisi de travailler sur la dernière en date, le Florius, seule version connue écrite en latin, mise au jour à la BNF par Fabrice Cognot et traduite par Benjamin Conan tous deux amis de l’association De Taille et d’Estoc.

SELF DEFENSE

 Cette discipline est assez particulière car elle regroupe une grande partie du savoir contenu dans les autres (boxe, canne, lutte…).
Il s’agit de mettre en application ces connaissances pratiques afin de se sortir de situations critiques lors d’une agression en milieu urbain ou rural. Il fût compliqué de choisir une source parmi toutes celles traitant plus généralement d’un art global de défense, notre choix c’est naturellement porté sur Georges Dubois et son « Comment se défendre » pour sa richesse de technique, sa simplicité d’approche et son style rédactionnel très romancé et souvent drôle.

Georges Dubois est un professeur d’escrime et un instructeur de savate et de boxe française, il est un grand amoureux du sport et de la condition physique. C’est un combattant qui aime la médiatisation et qui acceptera un combat contre Ernest Réginer (dit Ré-Nié) afin de prouver la supériorité de la boxe sur la pratique encore inconnue que Régnier enseignait, le ju-jitsu.
Bien que perdant du combat (immobilisé au sol en quelques secondes), Dubois reconnu l’importance du ju-jitsu en combat non réglé et que celui-ci palliait au combat à très courte distance (lutte, saisies) que la boxe ou la canne ne pouvait régler. Il rajouta donc, dans son ouvrage, un chapitre traitant spécifiquement de cet art nouveau pour lui

BATON

 Nous distinguons, ici une pratique particulière du bâton, qui contrairement à la canne ou au bataireacht, n’a pas pour but premier de se défendre. La méthode dite de « Joinville », recherchait essentiellement l’éducation du corps par l’exercice d’une gymnastique utilitaire et non le véritable combat comme l’attestent les documents d’époque.

D’ailleurs, afin d’accroître la motricité et l’aspect démonstratif, cette méthode n’hésitait pas à développer les changements de mains, au prix d’une relative perte d’efficacité dans une frappe martiale.

Cette école prestigieuse formera les cadres militaires et civils d’éducation physique. Elle s’appellera successivement, École normale de gymnastique de Joinville-le-Pont, École normale de gymnastique et d’escrime en 1872, enfin École supérieure d’éducation physique en 1925.

Le manuel étudié traite de la manière de manipuler le bâton dit de Joinville, grand bâton de noisetier ou de châtaignier d’une longueur variant de 160 à 180cm selon les instructions d’un chef de corps ou de bataillon. Il s’agit d’une succession de moulinets, de brisés, d’enlevés et de coups médians à répéter afin de se sculpter une ceinture abdominale et scapulaire permettant une efficacité ultérieure lors des exercices ou sur le terrain.

ANTRIM BATA

Cette discipline est à la limite de la pratique AMHE puisqu’on ne retrouve de très peu ou pas de sources écrites primaires concernant l’utilisation du bâton irlandais.

Même l’origine de l’utilisation du bata (bâton en gaélique) ou du shillelagh (canne de prunellier originaire du village éponyme) reste obscure. Il semblerait que les Lois Pénales anglaises du XVIIe siècle interdisaient le port des armes aux Irlandais et que ceux-ci auraient détourné cette interdiction en portant une lourde trique de prunellier en guise de canne de marche.

Le bata est constitué avec d’une racine de prunellier (de houx ou d’aubépine), et de la tige principale. Il fait entre 80 et 95 cm de long et peut parfois aller jusqu’à 120cm et est souvent muni d’une dragonne en cuir.
Le shillelagh est souvent associé aux Factions Fights, bagarre généralisée entre clans ou famille, souvent mortelles. Nous travaillons grâce aux travaux de Maxime Chouinard qui, ayant passé quelques années en Irlande, s’est familiarisé avec cet art et nous transmet un savoir martial populaire et presque perdu.
Le style Antrim Bata, comme son nom l’indique, nous vient de l’Irlande du Nord (Comté d’Antrim) et se caractérise par sa saisie du baton à une seule main, contrairement au style Doyle (Eire) qui utilise les deux mains sur le bâton. Dans une pratique avancée, il est possible d’y associer coups de poings, pieds et projections, faisant de ces techniques un art complet de défense au bâton.

Pour d’autres sources historiques

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Entraînements

Les Jeudis
20h45 – 22h30

 3 Allée des Jardins 21800 Quetigny

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